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DateTitreClics
09/02/2012 14:50:00HERBASELITZ GRÜSSGOTT !8376

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Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 17:56:13

Jean Tardieu
un poète

Folio Junior Poésie
5 €





Et « le printemps à plumets / et l’hiver à moustaches », c’est rin ? Et « Monsieur, c’était l’Espace / et l’Espace se meurt », c’est rin ? Et « quand Monsieur est ici / Monsieur n’est jamais là », c’est rin ? Et « Comment ça va sur la terre ? / ça va ça va ça va bien », c’est rin ? Et « je ne suis pas un enfant / je suis un éléphant », c’est rin ? Et « si tu veux apprendre / des mots inconnus / récapitulons / récatonpilu », c’est rin ? Et « le temps monte comme la mer », c’est rin ? Et « Étant donné un mur, que se passe-t-il derrière ? », c’est rin ? Et « où la Seine se jetterait-elle si elle prenait sa source dans les Pyrénées ? », c’est rin ? Et « Pour saisir les objets sans qu’ils tombent aussitôt en poussière il faut d’infinies précautions », c’est rin ?

Alors pourquoi qu’vous dîtes rin ?
Pourquoi qu’vous faites rin ?
Pourquoi qu’vous pensez à rin ?

C’est-y qu’vous xistez pas ?


Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 17:49:52

Gilles Weinzaepflen

La poésie s’appelle reviens

DVD – L’Harmattan/Les films d’un jour




Qu’est-ce que la poésie contemporaine ? Si encore elle existe, qui la fait ? par quels moyens ? en quels lieux ? qui la diffuse ? Le film de Gilles Weinzaepflen présente les réponses variées d’une dizaine de poètes (quelquefois éditeurs aussi) et d’à peu près autant d’éditeurs (presque tous également poètes) : pour la plupart ils continuent la tradition artistico-poétique avant-gardiste de la « poésie sonore » ou de la « poésie-action », soit en faisant des « performances » (Stéphane Bérard érikçatue, Anne-James Chaton écrilesonne, Julien Blaine évoque ses entretiens avec les éléphants d’Hannibal, quand il n’était que caporal), soit en mettant en scène la lecture de leurs « textes » poétiques (Jacques Demarcq fait s’envoler dans la cage d’un autobus à exercices de style une évocation ornythobruitiste de Loplop, Lucien Suel donne à voir l’objet d’un essai de callipygolyrisme champêtre - séquence beaucoup trop brève -, un extrait d’Hölderlin au mirador d’Ivar Ch’Vavar est accompagné par des images de blockhaus sur une plage, …). Les éditeurs – petits, petits, petits – apparaissent comme des militants du retour de la poésie cœur de lion qui osent héroïquement - quoique liliputiennement - se mettre hors la loi du profit : Éric Pesty, dans un rôle de composeur qui n’est pas de composition, parle de son « désir de marge », Rudy Ricciotti va jusqu’à dire que les poètes sont prêts à mourir pour des mots (étonnez-vous que certains choisissent l’incognito …), les éditeurs de la revue MIR apportent la Paix au Monde en tas reliés de 400 ou 600 pages, …Malgré quelques âneries - critiquer les grands poètes au nom du droit des petits à l'existence ... - et une inévitable partialité – comme partiellité - du choix, l’ensemble est intéressant, et démontre en tout cas qu’en France année 2010 des poètes osent encore se présenter comme tels.

Se prononcer sur la valeur de ce qu’ils proposent demanderait que l’on néglige les intentions au bénéfice des œuvres, et qu’on les examine (celles-ci) soit beaucoup plus vite (un vers suffit pour savoir qu’un poème ne vaut rien), soit beaucoup plus attentivement.


Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 17:38:48

Ivar Ch’Vavar

Travail du poème

Éditions des vanneaux - 23 €





Les crétins et les fous – même non picards – qui croient savoir ce qu’est et doit être la poésie aujourd’hui peuvent reposer dans la paix de leur ignorance du recueil d’essais, lettres, articles, poèmes par lesquels un poète au nom pas trop d’ché nous, Ivar Ch’Vavar (= Ivar le crabe : si un volcan est assez dingue pour aller à reculons, ça lui va bien) reprend ces questions d’une manière radicalement renouvelée. En compagnie 1. d’une très haute idée de la poésie, référée à la trinité Lautréamont Rimbaud Mallarmé 2. de la conviction de sa mort et de l’ambition de la ressusciter en revenant à la poésie dite, « performée » 3. d’un refus catégorique de se laisser dissoudre dans des formalismes abstraits et inexistentiels ou dans le ronron d’une quelconque ronroutine 4. d’un primitivisme plus ou moins consciemment humoristique, qui l’a conduit par exemple à donner des interprétations chamaniques d’œuvres de Jules Verne 5. d’un cristal intellectuel [fourni sans doute par la firme Maldoror & Co, Ltd] remarquablement adapté à l’auto-observation de la genèse et de la micro-constitution des poèmes 6. d’un désir obsédant d’être présent à sa vie, là où l’on est – qui l’a mené notamment à « inventer » la « Grande Picardie Mentale » et à écrire en picard un long poème au titre emblématique, « Ichi Leu » (Ici là) 7. d’une sorte de rage passionnée (ou de passion rageuse ?) qui évoque les souvenirs trop grands de Van Gogh, Artaud ou Gilbert-Lecomte 8. d’une basse continue de « déglingue mentale », qui l’a contraint notamment à créer une centaine d’ectoplasmes poétiques et à vampiriser – spirituellement – des textes d’autres qu’il aurait presque pu signer, folie qui ne se laisse pas toujours suffisamment canaliser. Les poètes-philosophes qui souffrent d’heideggerophobie auront du mal à ingérer les considérations répétées sur la poésie qui permet d’accéder à « l’Être », au « Réel », mais s’ils se reportent à leur expérience, ce qu’Ivar Ch’Vavar dit à travers ces termes trop gros et trop lourds paraîtra évident. Ceux qui souffrent de bretonophilie trouveront un peu expéditifs les jugements sur l’importance donnée par les surréalistes à l’image (analogie), mais on ne saurait attendre trop de compréhension dans ce sens de quelqu’un qui cherche à fuir l’infernal paradis des images et retrouver un rapport direct au monde, dans la lignée du 2ème Giacometti ou de Bonnefoy, et cette incompréhension lui a permis d’arriver à une idée vraiment neuve – ou très ancienne : « Le poète n’est pas tant un voyant et pourvoyeur d’images qu’un passant, et un passeur ». Certains lecteurs portés eux-mêmes sur l’auto-multiplication ectonomasticoplasmique penseront peut-être que 111 hétéronymes, ce n’est pas beaucoup, mais …pas beaucoup.





Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 17:31:52

Brigitte Fontaine

Mot pour mot

Les Belles Lettres / Archimbaud Éditeur
25 €




De la nuit, Brigitte Fontaine dit qu’elle est « une femme à barbe / venue d’Ispahan ou de Tarbes ». Du matin qu’il est « l’épée de Dieu / lancée pour nous crever les yeux ». Du soleil qu’il est « un fauve en rut / qui ne manque jamais son but ». De la Terre qu’elle est « un os disparu / dont rêvent les chiens dans les rues ». Des astres qu’ils sont « des bijoux d’or / oubliés par la Castafiore ». Des buildings qu’ils sont « des petits cons / pleins de croûtons et de lardons ». Les buildings les astres la terre le soleil le matin la nuit n’ont pas protesté : ça doit être vré. Et non moins sans doute ce qu’elle dit de comme à la radio Mendelssohn le repas des dromadaires la harpe jaune le nougat soufi la folie Fréhel le Musée des Horreurs la fiancée de Frankenstein la cantatrice chauve le patriarcat l’amour le chat le rififi le Guadalquivir Mister Mystère Délices et Orgues et cythèra. Ou la si douce déclaration de totale indifférence qu’à de la tour de Carol Monsieur le chef de gare autrefois elle envoya.


Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 17:26:23

Joan Miro
peintre-poète

Centre culturel ING, Bruxelles



Il faudrait envoyer ce très beau catalogue à tous ces aveugles pour lesquels il n’y a poèmes que de mots. S’ils ne sont pas éblouis par l’évidence picturale et poétique des œuvres, ils reconnaîtront peut-être que seul un poète a pu inventer des titres comme Personnages dans la nuit guidés par les traces phosphorescentes des escargots, Femmes encerclées par le vol d’un oiseau ou Chiffres et constellations amoureux d’une femme. Ou dire des choses comme « Pour moi, un tableau doit être comme des étincelles. Il faut qu’il éblouisse comme la beauté d’une femme ou d’un poème. /… / La même démarche me fait chercher le bruit caché dans le silence, le mouvement dans l’immobilité, la vie dans l’inanimé, l’infini dans le fini, des formes dans le vide et moi-même dans l’anonymat /… / Par le même engrenage, ma peinture peut être considérée comme humoristique et gaie, bien que je sois tragique. »


Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 17:22:09

Fabienne Yvert

papa part
maman ment
mémé meurt


Attila - 9,5 €


Kit de survie

édition des petits livres - 40 €


Qu’aujourd’hui soit [ ]

Pour ta lettre de motivation [ ]

Quand je pense à [ ] finalement je [ ]
Pourquoi ne pas [ ] alors que tout [ ]

Tu [ ] mon propre [ ]
Je [ ] ma propre [ ]



Livres tourniquets
Édition La ville brûle – 8 € pièce



Fabienne écrit et fait ses livres – petits, petits, petits – au plus près de sa vie. Sa vie faite – c’est original – d’événements réels entremêlés de paroles interprétations imaginations questions suppositions écritures livres. Pourquoi papa part ? En quoi maman ment ? Comment mémé meurt ? Nombreuses réponses possibles, moins (Papa va à Sainte-Hélène) ou plus (il veut faire le portrait de Mona Lisa, une copine à lui qu’il connaît bien et qui l’emmerde avec ça depuis longtemps) raisonnables. Elle les donne toutes (Fabienne, les réponses). Parce que personne n’est simple. Parce que comme ça papa ça va ressembler à de la littérature. Parce que la vie, si singulière soit-elle, est toujours plurielle. Parce que la poly-phrénie, bien que plus facile de beaucoup que la phrénie freinée au schizo ou au mono, est bien plus belle. Parce que plusieurs possibilités permettent au lecteur d’oublier un instant qu’il n’est pas si libre que ça (délicate attention ! enfin, on est tellement habitué à vampiriser la vie des autres qu’on aimerait quelquefois un peu plus de fatalité). Parce que dans le doute on peut ne pas s’abstenir de multiplier les hypothèses.Parce que la contradiction, Rrose, c’est la vie (elle fouille dans nos affaires et quand on la surprend, elle dit qu’elle venait chercher l’horaire des chemins de fer). Le mystère du départ, la menteuse par dépit, les façons de mourir : Fabienne traite des thèmes qui concernent tout le monde (sauf bien sûr ceux qui laissent aux autres le soin de mourir, n’ont jamais divorcé ou sont entourés de gens qui disent toujours la vérité), mais mine de rien, si bien qu’elle semble être la première à avoir eu papa, maman et mémé tout en faisant de leurs départ, mensonges ou mort des exercices de style (où li pote en ciel y va pas se nicher ?!), et cum grano salis (J’aimerais l’enterrer avec sa vieille radio pour faire chanter les vers – Mémé est morte en regardant le jour tomber, il est tombé sur elle et il l’a assommée). Alors, ça a l’air d’un truc comique, et il y a bien de la drôlerie – aurait-elle pas de l’humour ? - , mais à la fin on est tout ému (sauf bien sûr les inémouvables). Un peu plus loin de la littérature, pour ceux qui, alors que la ville brûle, n’ont plus guère de temps à consacrer à la lecture, les tourniquets sont des recueils de poèmes-phrases potentiels qui permettent bien plus aisément que chez Queneau de faire deux soixantaines de combinaisons (pour les recto-verso) dont certaines s’associent de manière étonnamment juste. Enfin, pour ceux dont l’avion pourrait s’écraser dans le Caucase, un kit de survie à couverture de feutre et sur papier semi-carton leur fournira tout plein de conseils illustrés très utiles, imprimés avec des tampons-patates comme à l’âge des mammouths futés : SURVEILLEZ LA LUNE – REGARDEZ PAR LE BON BOUT DE LA LORGNETTE – FROTTEZ FORT LA LAMPE D’ALADIN –PENSEZ QUE LE CIEL COMMENCE À HAUTEUR DES SEMELLES - …


Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 17:11:23

Roland Breucker


Correspondances

100 titres
www.100titres.be


Coups de crayon et de harpon

Archives Daily-Bul & Co
www.dailybulandco.be




Deux petits livres où vous retrouverez celui qui écrivait en dessinant et dessinait en écrivant que « La nuit, pour m’apeurer un peu, je rôde dans les replis de mon cortex en m’interrogeant : qui de l’homme ou de l’escargot fera l’affaire à l’autre ? » ou « Ce qui m’a et me fait exister : l’affection diversement déclinée ; la transcription réaliste de la vulgarité (des êtres et des sentiments) en panoplie colorée ; la défense acharnée de quelques péchés capitaux ; le mal de n’être pas ailleurs et le mal de vivre hors d’ici ; la pratique de l’art grognon, et le rire qui prolonge la vie » ou « Affichons-nous de tout » ou « Mieux vaut une ascension lente qu’une éjaculation précoce » ou « À vrai dire, je n’ai jamais été coupable d’œuvres. Jamais. J’ai juste jeté quelques boules puantes, déposé quelques coussins péteurs, vidé quelques flacons de fluide glacial, dispensé quelques morsures de dentiers » ou encore « Les marchands de renouveau me font gerber. Je caresse le scepticisme, je flirte avec l’anarchie : je suis un pessimiste gai. Il m’arrive de rire de tout. /…/ Ma maison est ouverte, méfiez-vous des seaux d’eau au-dessus des portes./ Affectueusement/ Roland »


Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 17:02:55

http://nouvelles-hybrides.fr/wordpress/?p=3360
La gloire du Sergent Fulbert (22.4.1945 – 13.8.2011)

Par et.c • 24 sept, 2011 • Catégorie: Actualités, Bibliothèque de neige •

Jean-Jacques Sergent nous a quittés le 13 (un samedi, pourtant) août de cette année, et c’est une très grande perte pour tous les – trop rares – amis des livres dans lesquels la poésie est inséparable de la mise en forme, ces livres inclassables, à la fois livres et oeuvres, amplifiant la force des textes par les moyens de l’art, que je nomme « livres monstres ».

Pour lui rendre hommage, et faire entrevoir son oeuvre considérable (en qualité comme en quantité : il a fait près de 300 livres !) à celles et ceux – trop nombreux – qui n’en ont jamais entendu parler, il m’ a semblé opportun de reproduire un article du n°3 de Nouvelles Hybrides (Septembre 2004), qui était partiellement consacré aux « inactes« , c’est-à-dire aux actes amplifiés et vivifiés, d’une journée d’étude consacrée aux « livres monstres d’avoir un corps, et aux éditeurs-artistes qui les conçoivent âme et corps« , journée à laquelle Jean-Jacques avait participé, avec sa bonhommie habituelle.



Jean-Jacques Sergent (Fulbert)

Qui est Jean-Jacques Sergent, Fulbert pour les amis (et ses livres manifestent un tel sens de l’amitié que ceux qui les lui achètent ne peuvent que devenir ses amis) ? – Celui qui fait des livres comme :

Au nom du père, en coffret, 19.12 cm, 18 pages, 70 exemplaires numérotés sur vélin de rives, dont le « texte » est une liste de mots qui signifient « père » dans de nombreuses langues d’Europe, Asie, Afrique, Amérique et Océanie, ces listes (scientifiquement passablement anachroniques, puisque ignorant l’existence du groupe transversal à l’Europe et à l’Asie des langues indo-européennes) étant accompagnées de cartes mal lisibles évoquant les continents sur lesquels ces langues sont parlées. La suite, dans laquelle seront listées de non moins nombreuses manières de dire « complexe d’Œdipe », n’est pas encore annoncée.

Contre les mouches, un petit livre carré, 20 pages, 10,8.10,8 cm, dans une boîte grillagée, contenant, au milieu de nombreuses images gravées de mouches, une recette magique de Paracelse pour se débarrasser de ces émissaires du diable en les attirant dans un cercle avec des formules adéquates. La poésie cocasse du livre comme objet tient d’abord à son allure de piège à mouches, mais celle du texte tient à l’efficacité nulle et, plus radicalement, à la manière de penser incompréhensible qu’il suppose : pour nous il n’y a pas de différence entre un tel texte et ceux des « fous littéraires ».

Je meurs, mais j’ai les boules, un livre tout en hauteur, dans une boîte noire en forme de cercueil rectangulaire, 18.8,5 cm, avec une découpe au niveau de la tête qui permet de voir la tête gravée d’un roi qui se lisse la barbe d’un air mi-pensif mi-rigolard. Le livre même est composé de douze 4 pages non reliés, sur vélin de rives, où sont imprimées, pompefunèbralement encadrées, des citations d’auteurs ou d’anonymes plus ou moins connus, toutes relatives à la mort mais très inégalement tristes (Alfred Capus : – De quoi est-il mort ? – On ne sait pas. D’ailleurs on ne savait pas de quoi il vivait. / Un code machin : « Pour le meurtre qu’il accomplit, l’homme qui se suicide encourt la peine de mort. » / « Peut-être un jour n’aurai-je plus même l’envie de mourir, je me suiciderai par distraction. »), et le colophon réserve cette édition tirée à 55 exemplaires « aux seuls amateurs qui comme nous ne craignent pas la mort mais espèrent être loin le jour où elle arrivera »

Dans le catalogue d’une exposition rétrospective qui s’est tenue en Mai 1997 à la Médiathèque d’Orléans, La couleur des mots dans le corps du livre, Jean-Jacques Sergent se définit comme Typographe. Avant de lui donner la parole, il faut peut-être rappeler que ce mot désigne quelqu’un qui compose ou plutôt composait, des textes avec des caractères en plomb, à la main, et dans le cas du Sergent Fulbert, quelqu’un qui compose des pages avec des textes et des matrices d’images de manière à pouvoir les imprimer avec une presse sur des papiers précieux qu’il choisit soigneusement, soit un artisan qui maîtrise un matériel et un métier en voie de disparition, mais ne se contente pas d’en faire un usage traditionnel, purement subalterne (ce qui serait d’ailleurs difficile, tout le monde étant passé à l’offset et à l’imprimerie numérique). Et Il y a une poésie de la typographie, pour un typographe une lettre a une existence, une beauté et un mystère propres, elle ne peut se réduire à un simple moyen pour former des signes, eux-mêmes moyens pour exprimer des significations plus ou moins complexes.

JJSF montre quelques autres livres : – un hommage à Rabelais, pour le (peut-être) 500ième anniversaire de sa naissance, en 1994, sous forme d’un petit volume carré (13.13 cm) d’une quarantaine de pages de vélin sur lesquelles il a imprimé en noir et rouge, en jouant presque uniquement des tailles de caractères, la jamais assez méditée et déclamée Inscription mise sur la grande porte de Thélème : « Cy n’entrez pas, hypocrites, bigots, vieux matagots, …. »Recoins de ma vie, un livre reposant sur un très court passage de Satie (transcrit plus haut), fait avec des gravures de et pour le compte de François Righi, à propos duquel il explique que le grand problème était de trouver une police de caractères adéquate, et qu’il l’a résolu avec des « caractères de parfumeurs » – Gui chante pour Lou, un livre à l’italienne en coffret, 13.20 cm, dont le texte est un des poèmes à Lou d’Apollinaire

Mon Ptit Lou adoré je voudrais mourir un jour que tu m’aimes, pour que tu m’aimes / Je voudrais être beau pour que tu m’aimes / Je voudrais être fort pour que tu m’aimes /Je voudrais être jeune pour que tu m’aimes /Je voudrais que la guerre recommençât pour que tu m’aimes / Je voudrais te prendre pour que tu m’aimes /Je voudrais te faire mal pour que tu m’aimes / Je voudrais que nous soyons seuls dans une chambre d’hôtel à Grasse pour que tu m’aimes / Je voudrais que nous soyons seuls dans mon petit bureau près de la terrasse couchés sur le lit de fumerie pour que tu m’aimes / Je voudrais que tu sois ma sœur pour t’aimer incestueusement / Je voudrais que tu eusses été ma cousine pour qu’on se fût aimés très jeunes / Je voudrais que tu sois mon cheval pour te chevaucher longtemps, longtemps / Je voudrais que tu sois mon cœur pour te sentir toujours en moi / Je voudrais que tu sois le Paradis ou l’Enfer selon le lieu où j’aille / Je voudrais que tu sois un petit garçon pour être son précepteur / je voudrais que tu sois la nuit pour nous aimer dans les ténèbres / Je voudrais que tu sois ma vie pour être par toi seule /Je voudrais que tu sois un obus boche pour me tuer d’un soudain amour

mais imprimé en gros corps avec un ou deux vers par page, toutes les occurrences d’aimer en rouge, et sur des cartes d’état-major. Au début et à la fin, sur des pages noires, une gravure mal lisible montrant une scène de la guerre de 14-18. « C’est une sorte de cuisine, il faut que tous les éléments soient liés : j’avais trouvé un bois de scène de guerre, et il fallait encore trouver un caractère prégnant. Finalement j’ai pris un Sans Sérif, une famille d’Helvetica. Je l’ai tiré à 99 exemplaires, ce qui est beaucoup. Je fais de très petits tirages. » – « L’idée du livre sur la mort (Je meurs, mais j’ai les boules) est venue de la gravure avec un gisant qui se tenait les glandes : l’idée d’un livre cercueil a suivi, et celle du titre, mais ensuite j’ai du attendre que le cercueil se remplisse » – « l’idée du Glossaire ouistiti [une superbe édition en très grand format d’un lexique ouistiti établi au milieu du XIXème siècle par un savant excentrique mais peut-être pas si fou, Pierquin de Gembloux] m’est venue en passant au Jardin des Plantes » – « aux salons de bibliophilie, sur 120 éditeurs, 80 font le même livre, avec les mêmes auteurs (Butor, Bernard Noël, …), les mêmes caractères (des Elzévir ou des Didot) sur les mêmes papiers vélins » [ce n’est guère contestable, non plus que les efforts de JJSF pour introduire d’autres textes et d’autres caractères, mais lui aussi a très souvent recours à des vélins ou des japons, ses créations à cet égard restent dans le cadre de la bibliophilie traditionnelle (et il a lui même imprimé ces auteurs) … ] – « j’essaie de rendre le livre ludique … c’est aussi pour faire vendre, très peu de gens achètent les livres bibliophiliques pour le texte, il faut autre chose, mais il y a également que je suis autodidacte, je n’ai pas appris les règles, alors je dois en réinventer … tout ça c’est du bricolage : Comment dire de Beckett [ une des plus grandes réussites de JJSF, où le texte très bref de Samuel Beckett est imprimé sur des papiers calques et des rhodoïds, avec une débauche de gravures hétéroclites] par exemple, je l’ai fait à partir d’un grand nombre de clichés typographiques que j’avais rassemblés »

Beaucoup des textes qu’il a mis en livre sont des textes de poètes déclarés, comme Mathieu Bénezet, Yves Bonnefoy, Alain Bosquet, Yves Peiré, René-Guy Cadou, Antoine Emaz, Léon-Paul Fargue, Eugène Guillevic, Edmond Jabès, Henri Michaux, Bernard Noël, Jacques Prévert, Rutebeuf, Victor Segalen, Verlaine, Kenneth White, Yeats ou de poètes incognito, dissimulés sous le masque de l’artiste contemporain, comme François Righi ou Olivier Leroi, mais il faut défendre le Sergent Fulbert contre une impression de facilité et de peu de concentration qui peut venir à l’esprit lorsqu’on le voit, bonhomme et rigolard, improviser quelques commentaires sur ses créations : il a de l’humour, et notre stupidité native nous incite en général à prendre à la légère ce qui a un caractère humoristique, mais si l’on regarde attentivement, on s’aperçoit que ses livres ont toujours une haute tenue poétique et artistique : ils sont poétiquement plus sérieux qu’il n’en a l’air …

Et il faut les considérer comme des poèmes, utilisant des moyens que 99% de ceux qui s’entr’intitulent « poètes » ignorent, des poèmes modernes de veines comique et lyrique, extrêmement variés tant par les textes que par leur mise en livre : le spectre s’étend du haut lyrisme amoureux (Michaux : Nous deux encore) au mystique cocasse (Pico della Mirandola, Le moyen d’obtenir une âme d’oiseau), de la résignation distinguée (Esotérik Satie : Recoins de ma vie) à la magie désuète (Paracelse : Contre les mouches), de la gaieté des croque-morts (Je meurs mais j’ai les boules) à la zoologie fantastique (Emblemata : Panitocondonosaure, parent proche du Léviathan ?), du quincaillerire (Alphonse Allais : Le Monsieur et le Quincailler) au satanisme amusant (Lucifulbert-Sergent : Oh ! Diable), …

JJSF est un grand essayeur de nouvelles possibilités, chaque nouveau livre est complètement différent des précédents aussi bien par le texte que par le format (il a fait avec François Righi un livre de 4.4 cm, Les grandes merveilles d’amour, et le Glossaire Ouistiti fait 37cm en hauteur et 26 en largeur), la forme, le papier, la typo, la couleur, la reliure ou le coffret et il est un grand découvreur et redécouvreur de textes comme d’images : ses livres font resurgir dans l’amnésie contemporaine des phrases, des images et donc des pensées qui n’y ont plus de place, avec une prédilection pour la culture populaire, de Rabelais à Pierre Dac ou Brassens en passant par Le chat noir, Erik Satie et les « fous littéraires » (aux antipodes donc des textes précieux que choisissent presque tous les éditeurs de bibliophilies). Comme c’est en général le cas chez les créateurs de tradition populaire, JJSF est un tempérament poétique extraverti, à la Cendrars, dont il a «minithérapisé » Dan Yack, par l’intermédiaire d’une de ses très brèves lamentations amoureuses dans Le plan de l’aiguille.



Etienne CORNEVIN
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Created On: 04/12/2011 14:21:24

http://nouvelles-hybrides.fr/wordpress/?p=3463

Paris debout mais encore tremblant

Par et.c • 18 oct, 2011 • Catégorie: Actualités •

après le passage de l’ouragan Dylan

La légende d’Orphée dit que les animaux sauvages, les forêts et même les montagnes accouraient pour écouter ses chants. Dans la foule qui, lundi soir (le 17.10.2011), se pressait à Bercy pour entendre le concert de Bob Dylan, les montagnes, forêts, cerfs ou tigres étaient en tout cas bien déguisés, même si l’usage systématique de l’i-photophone comme instrument d’écoute signalait un probable déficit en intelligence humaine chez un spectateur sur trois environ, mais ceux qui, par un miracle d’inadaptation, ont préservé leur aptitude à percevoir les chansons comme des oeuvres complexes, qui s’adressent aussi bien à leurs sens des plaisirs vocaux, mélodiques ou rythmiques qu’à leur esprit, à leur imagination qu’à leur « âme » et leur « cœur » (oui, on a observé des cas – peu nombreux, rassurez-vous – de survivance de ces organes démodés), ceux que les disques du « little white wonder » aident à supporter la vie, ceux qui sont en état de manque s’ils n’écoutent pas régulièrement Another side of Bob Dylan ou Blood on the tracks, Oh Mercy ! ou Desire, …, ceux-là savent que le poète-chanteur-musicien qui a si souvent réussi à exprimer l’inexprimable n’a rien à envier à son collègue d’un temps plus proche de l’origine des Temps (On peut même supposer le contraire, car nous n’avons aucun enregistrement des chants orphiques, et … tout n’est pas rigoureusement prouvé, dans la mythologie grecque).

À l’occasion de mon anniversaire (ou était-ce un non-anniversaire ?), ma fille cadette, ayant fini par remarquer, en une vingtaine d’années d’espace vital partagé, la dylanolâtrie chronique et définitive de son père, m’a offert une place pour le concert parisien de Celui qui n’y est pas [Le film de Todd Haynes dans lequel 5 ou 6 acteurs – et une actrice – jouent Dylan à différents moments de sa vie est intitulé I’m not there, et ce titre est aussi une auto-définition, en détail comme en général]. J’étais assez inquiet, échaudé par un concert de la fin des années 70 où il avait transformé en vacarme méconnaissable les miracles de délicatesse – jusque dans la violence – de Blood on the tracks ou de Street Legal, et … l’ampleur du massacre a plus que justifié mes appréhensions. Déjà celui qui faisait la première partie – un certain Mark Knopfler – a su en quelques « chansons » s’aliéner toute ma sympathie initiale pour ses mélodies folk-country et sa voix grave et profonde en les amplifiant, avec l’aide d’une dizaine de musiciens, en une sorte de magma sonore extrêmement puissant et lourdement rythmé dans lequel toute intention de dire quoi que ce soit se perdait complètement (comme beaucoup de ceux qui étaient là marquaient le rythme des mains et des pieds et en redemandaient, on peut supposer qu’ils n’attendaient rien d’autre, et je me suis demandé si Dylan n’allait pas être pour eux du Knopfler en moins bien).

Entracte de 20 minutes puis … immédiatement un volume sonore assourdissant, sa voix cassée très grave reconnaissable entre toutes, mais où est-il ? Je le reconnais sans trop d’hésitation dans un type avec un chapeau blanc qui se tient sur le côté de la scène. Pendant une minute environ j’ai l’impression d’entendre quelque chose de tout nouveau, puis : « Le salaud ! C’est Leopard-skin pill-box hat * ! » et avant même d’avoir eu le temps de me demander explicitement pourquoi il avait choisi de commencer par ça, je l’explique à ma fille : « Il vient de nous dire ce qu’il pense des Français » [* Toque en peau de léopard : c’est une liquidation de compte amoureux en forme d’éclat de rire, où il s’exalte pour la coiffure grotesque d’une amie : « Well, you look so pretty in it / Honey, can I jump on it sometime ? /…/ You know it balances on your head / Just like a mattress balances / On a bottle of wine » - Dylan s’est toujours senti complètement étranger aux mondes de la mode et du luxe, et en ces matières la France est, paraît-il, le pays qui donne le la]

La suite à l’avenant : il a chanté It’s all over now, Baby blue, Tangled up in blue, Shelter from the storm, Highlands, Highway 61, Ballad of a thin man, Desolation row, Like a rolling stone, des chansons que je reconnais dès les premières mesures sur les versions enregistrées, et il a tellement recouvert ce qu’elles ont d’unique et de très profondément émouvant par un traitement sonore uniformément assourdissant qu’il m’a régulièrement fallu de une à deux minutes pour les identifier. Drifter’s escape était tellement déformée que je ne l’ai reconnue qu’à la fin … Marlon Brando aurait dit en 1974 que les deux choses les plus bruyantes qu’il lui ait été donné d’entendre étaient un avion à réaction au décollage et Bob Dylan avec The Band, et la remarque vaut toujours pour Dylan et sa formation actuelle (où il y a peut-être encore des membres de la bien nommée « Rolling Thunder Revue » ?)

Ma fille a admiré la performance de ce papy de 70 ans capable de jouer au moins aussi vite et aussi bruyant que les groupes actuels (= ceux dont les djeunes de quatorze ans font leur casse-tympan quotihoraire : elle-même, à 21 ans, est déjà pas mal « out »), et qui avait l’air de s’amuser (Nous étions loin de la scène, mais on voyait quand même qu’il se déplaçait d’avant en arrière avec des gestes de pantin, vaguement chaplinesques, et c’était certainement délibéré). Pour moi … je me serais bien contenté d’admirer le Dylan dont j’aime les chansons, et subir ce massacre était très modérément plaisant, mais nous – Français, rationalistes, athées, superficiels, spirituels, mondains – ne méritons sans doute pas mieux (Ballad of a thin man est une chanson violemment hostile aux intellectuels qui lisent tout et ne comprennent rien à rien – incompréhension allégorisée comme dans le Freaks de Tod Browning par des rencontres avec des phénomènes de foire qui lui donnent leurs os à serrer ou empruntent sa gorge : à la fin, c’est lui qui met ses yeux dans sa poche et son nez sur le sol …- et pendant longtemps je l’ai écartée de ma « playing list », mais ce soir là j’ai eu l’impression qu’elle était faite exprès pour nous, que beaucoup des intellectuels français étaient des « Mister Jones »). Et puis, je comprends bien le besoin d’échapper à l’ennui de se répéter, et la volonté de rester libre.

Marqué comme: Bercy, Dylan, Forever young, Tonnerre roulant


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